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 Californie: ces retraités qui jouent au flic.

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MessageSujet: Californie: ces retraités qui jouent au flic.   Lun 13 Juin 2011 - 19:24

Il est 14 heures à Fresno, le chef-lieu de la San Joaquin Valley, la longue, plane et morne vallée agricole que John Steinbeck décrit dans Les Raisins de la colère. La bedaine ronde et saillante, Jim Hildebrand, un sympathique grand-père de 83 ans, vient de s'installer au volant de l'une des Dodge Charger noire et blanche du Police Department. Comme d'habitude, il a vérifié que son matériel de policier amateur (bandes de gel de lieux, boîte de gants latex, cônes de signalisation, kit de relevé d'empreintes digitales) est bien à sa place dans le coffre du véhicule.

"Allons-y, voulez-vous", propose-t-il à sa coéquipière, Judy Geske, 57 ans, une femme divorcée et esseulée qui travaille de nuit comme opératrice au centre d'appels d'urgence du commissariat.

77 ans pour réaliser son rêve

Au cours d'une longue existence qui s'étire vers une vieillesse solitaire - il est veuf -, Jim a exercé plusieurs métiers, monotones et sans surprise. Au moment de sa retraite, il était superviseur d'un dépôt de maintenance. Il lui a ainsi fallu attendre d'avoir 77 ans pour réaliser son rêve.

"Quand j'étais jeune, je voulais être flic mais je n'avais pas la taille requise. Aujourd'hui, ça n'aurait plus d'importance", remarque-t-il avec amertume.

Jim et Judy ne sont pas de vrais cops, même s'ils portent un uniforme (qu'ils ont dû acheter 500 dollars, avec leur propre argent), ont prêté serment et exécutent des tâches parfois sensibles autrefois réservées aux professionnels de la police. Ils font partie de ce mouvement croissant de bénévoles que les 2 100 Police Departments du pays recrutent de plus en plus agressivement pour pallier les coupes claires dans les budgets et les licenciements massifs.

Rien qu'à Fresno, l'administration a supprimé 340 postes au cours des deux dernières années, soit un quart des effectifs. Près de 19 % des habitants du comté se retrouvent au chômage. Victimes de saisies immobilières, des centaines de résidents ont dû abandonner leurs maisons, qu'occupent aujourd'hui des squatteurs. Pas vraiment le moment indiqué, donc, pour réduire les patrouilles à Fresno ou dans le reste de la Californie. C'est pourtant le cas.

"Nous avons dû faire preuve de créativité pour continuer à protéger nos 910 000 habitants, explique le chef du Fresno PD Jerry Dyer. D'autant plus que la courbe de la délinquance a grimpé en fonction d'une pauvreté croissante et de la diminution du nombre d'agents de police dans les rues."

En 2010, les trois cents bénévoles ont travaillé 40 000 heures, faisant ainsi économiser 854 000 dollars à la ville. Gravement touchées par la crise, sérieusement endettées et privées de fonds, des centaines de municipalités californiennes ont dû réduire drastiquement le nombre de leurs policiers. En cas de besoin, certaines font appel au coup par coup à des sociétés de vigiles privées.

La ville d'Oakland (baie de San Francisco) a ainsi recouru aux services d'une de ces entreprises pour assurer les patrouilles dans un quartier difficile qui, en l'absence d'une présence policière, commençait à s'agiter. D'autres communes comme Maywood (banlieue hispanique de Los Angeles) ou Half Moon Bay (station balnéaire du sud de San Francisco) ont opté pour des mesures plus radicales encore en éliminant carrément leur Police Department.

Des bénévoles non armés

La seule apparition de la fameuse black and white (la voiture de police américaine) dans une rue agit généralement comme moyen de dissuasion, même lorsque ses occupants sont des bénévoles, identifiables à leurs chemises blanches (celles des professionnels sont bleu marine) et aux badges Volunteer visibles sur les manches. Aucun d'eux n'a jamais été attaqué ni malmené. Ça tombe bien : les bénévoles ne sont pas armés.

Ils portent bien l'épaisse ceinture de cuir noir des agents mais ni calibre ni Taser n'y pendent. Juste une lampe électrique et un spray de défense.

"On ne se sent jamais en danger, raconte Jim. Les délinquants et criminels savent que nous sommes bénévoles. Ils n'ont rien contre nous." "Au contraire, ajoute Judy, comme nous avons l'air moins menaçants, nous sommes plutôt mieux accueillis que les vrais flics. Lorsqu'il faut recueillir un témoignage, les gens s'ouvrent plus facilement à nous. Nous sommes en fait les yeux et les oreilles des forces de l'ordre."

Partenaires aujourd'hui (les équipes tournent), Jim et Judy viennent donc de monter dans la Dodge. La tête de Jim dépasse à peine du volant. La voiture, neuve, possède un nouvel ordinateur. Judy se connecte au système radio tandis que Jim se débat avec l'ordinateur. L'équipe doit signaler le départ de sa mission dans un quartier sinistré. L'objectif de la patrouille n'est pas de chercher la bagarre mais de montrer aux résidents que la police est présente, malgré les licenciements. Jim pianote en vain sur les touches.

"Ah, je n'y arrive pas, je ne comprends pas comment ça marche", s'énerve-t-il avant de mettre en route la sirène par mégarde. Ça fait vingt minutes que nous sommes bloqués sur un parking mais, comme le remarque Judy, "nous sommes bénévoles, on ne peut pas nous mettre à la porte ni nous réprimander. C'est libérateur".

Enfin, nous partons. Le quartier atteint, nous tournons dans les rues à la recherche d'un signe anormal. Jim ralentit, ouvre sa fenêtre, salue de la main, dit bonjour. Plantés devant un garage, quatre jeunes gens tatoués nous suivent du regard, rigolards.

Ce couple d'âge mûr en chemisette ne les intimide pas. D'un autre côté, si quelque chose cloche, Jim et Judy ont les moyens d'appeler des renforts qui peuvent arriver en quelques minutes.

"Les consignes sont claires, explique le chief Jerry Dyer, ils doivent éviter à tout prix la confrontation. Le rôle des bénévoles n'est pas de faire baisser la criminalité mais d'augmenter les services."

Treize semaines de cours à la Citizen Police Academy suivies de quarante heures de patrouille avec un policier en uniforme enseignent aux bénévoles les rudiments du travail policier. Les programmes, lancés dans les années 80 contre l'avis des parquets, ont d'abord consisté à utiliser ces citoyens pour remplir des tâches administratives.

"Nous servons surtout à libérer les vrais policiers du poids des tâches les plus simples"

Les compressions de personnel ont cependant conduit les responsables de Police Departments à prendre de plus en plus de risques avec leurs volontaires. "Sans audace, on n'obtient aucun résultat", laisse tomber Jerry Dyer. A Fresno, la télévision diffuse régulièrement des messages incitant les citoyens à assister leur Police Department.

"Nous nous sommes trouvés forcés de confier certaines enquêtes légères à nos bénévoles, car il y a des choses que nos inspecteurs n'ont tout simplement plus le temps de faire", reconnaît Nicole Bazzo, ancienne agent de police qui gère les 196 bénévoles du Police Department de Pasadena, banlieue chic de L. A.

"Nous leur confions de plus en plus de responsabilités. Nous n'avons pas le choix. Mais ils font un excellent travail. Ils viennent de tous les horizons et leurs compétences sont variées."

Quelles fonctions remplissent donc ces bénévoles ? "Nous servons surtout à libérer les vrais policiers du poids des tâches les plus simples, les moins dangereuses et les plus longues, ce qui leur permet de se consacrer aux enquêtes plus difficiles", explique Judy.

En cas d'accident, ils recueillent des témoignages, dressent parfois des procès-verbaux et attendent l'arrivée des dépanneuses. En cas de crime ou d'incendie, ils sécurisent le périmètre. En cas de vol de voiture, ils relèvent les empreintes. Lorsqu'une personne est portée disparue, ils interrogent les proches et les voisins pour mener l'enquête, visitent les hôpitaux et appelent les postes de police. On leur confie parfois le transport des pièces à conviction. Certaines municipalités, comme Meza (Arizona), leur assignent les affaires non élucidées.

Liz Diott, 63 ans, a pris sa retraite après trente ans comme directrice adjointe d'une succursale de la Bank of America. Elle consacre seize heures par semaine aux dossiers d'usurpation d'identité et de fraudes par carte de crédit pour le Pasadena Police Department, sous la responsabilité de l'inspecteur Allard.

"Avant l'arrivée des bénévoles, nous n'étions pas assez nombreux pour traiter tous les dossiers. Ils s'entassaient sur nos bureaux", précise ce dernier. Cinq bénévoles assistent Liz. Ensemble, ils traitent cent dossiers par semaine.

Dans le bureau d'à côté, Sergio Fajardo Acosta essaie de retrouver la trace de personnes disparues (trente à quarante cas signalés chaque semaine). Sergio est astronome au California Institute of Technology. Il travaille sur la naissance des planètes.

"Il y a des similitudes entre mon métier et le travail que je fais ici, commente-t-il. Dans les deux cas, il s'agit d'enquêtes, de patience, de puzzles. Les deux me passionnent de la même manière."

Mexicain, Sergio suit généralement les affaires liées à la communauté hispanique. "Culturellement, mon peuple n'a aucune confiance en la police. Je sers en quelque sorte de passerelle entre les Latinos et le Pasadena PD."

Depuis 2007, les bénévoles de l'unité des personnes disparues ont résolu 1 200 affaires.

Retour à Fresno, où Jim et Judy reçoivent un appel radio : on leur demande de se rendre sur le lieu d'un accident et d'y attendre la dépanneuse. Jim a du mal à lire le GPS. Lorsqu'il faudrait tourner à droite, il tourne à gauche et vice-versa. "Je préfèrerais un bon vieux guide", maugrée-t-il. Judy ne s'est rendu compte de rien. Le temps qu'ils réalisent et rebroussent chemin, la dépanneuse est repartie. Nouvel appel radio : un type armé menace de se tirer une balle dans la tête. Il s'agirait pour Jim et Judy de se rendre sur place et d'aider à sécuriser le périmètre.

"Mais ça risque de durer des heures et j'ai faim", remarque Jim.

Les Police Departments imposent des règles à leurs bénévoles : un minimum d'heures par semaine et l'interdiction de déserter une action en cours. Mais ils choisissent leurs missions. "Nous pouvons toujours refuser de nous rendre sur un lieu. Personne ne nous en tiendra rigueur", précise Judy. Il est 19 h 30, les partenaires ont rendez-vous dans un restaurant mexicain avec leur copain Sam Rush, 68 ans, un médecin en activité, bénévole au Fresno PD depuis quatre ans.

La première chose que fait Sam est d'exhiber la médaille que lui a remise le chief Dyer pour ses bons et loyaux services. Il précise qu'il ne manque jamais de montrer sa médaille à ses patients. Sam semble plus fier de cette distinction que de sa carrière consacré à la médecine moléculaire. "

"A l'entrée de mon cabinet, j'ai accroché une photo de moi en uniforme. J'ai toujours rêvé d'être flic, motard en fait. Mais je n'ai pas pu en raison de mon daltonisme. J'aurais préféré que Jim et Judy ne disent rien de ma vie de médecin."

Tous les bénévoles affirment que leurs activités policières se révèlent souvent plus gratifiantes que ce qu'ils ont fait dans leur vie professionnelle. Les défections sont très rares.

"Nous avons même de plus en plus de candidats, explique Nicole Bazzo. Ça tombe bien car nous avons plein de projets. Notre objectif est d'arriver un jour à avoir un bénévole par inspecteur."

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MessageSujet: Re: Californie: ces retraités qui jouent au flic.   Lun 13 Juin 2011 - 20:35

affraid sa va faire du changement
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MessageSujet: Re: Californie: ces retraités qui jouent au flic.   Mar 14 Juin 2011 - 20:44

Marrant, je vois qu'on vient lentement sur ce modèle...
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MessageSujet: Re: Californie: ces retraités qui jouent au flic.   

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