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 Un Mondial sous haute surveillance

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MessageSujet: Un Mondial sous haute surveillance   Lun 7 Juin 2010 - 6:54

Un Mondial sous haute surveillance

À trois semaines du lancement de la Coupe du monde, démonstration de toutes les forces du pays dans les rues de Johannesburg. L'Afrique du Sud veut montrer qu'elle est prête pour le premier Mondial sur le sol africain. (Axelle de Russé)
C'est le 11 juin prochain, à Johannesburg, que sera donné le coup d'envoi de la Coupe du monde de football. Un événement et un défi de taille : 450.000 visiteurs sont attendus dans l'un des pays les plus dangereux de la planète. Reportage dans la ville de toutes les tensions...

Paisible et confortablement installé dans le fauteuil de son bureau, Wayne Minnaar, le porteparole de la police métropolitaine de Johannesburg, est formel:l'insécurité n'est plus un problème majeur dans son pays. Imperméable aux questions gênantes, l'homme glisse et répond par l'humour:«Prenez plutôt garde aux lions ! explique-t-il. Trois touristes chinois ont été dévorés récemment!»Les criminels prédateurs bipèdes seraient donc, selon lui, une espèce en voie de disparition.

Les cambriolages ont bondi de 27%. Les habitants des quartiers aisés choisissent la rapidité d'intervention des sociétés de sécurité privées plutôt que de faire confiance à la police. (Axelle de Russé)
Et pourtant, les chiffres témoignent de la réalité. L'Afrique du Sud affiche toujours un des taux de criminalité les plus élevés au monde:38,3 crimes pour 1000 habitants contre 7,6 pour 1000 en moyenne au niveau international. Certes, la criminalité a bien diminué ces quinze dernières années. Les meurtres ont enregistré une baisse de 30%. Ce qui donne aujourd'hui une moyenne quotidienne tout de même de 50 homicides, 150 viols, 200 vols, 700 cambriolages, 230 véhicules volés et au moins une attaque de fourgon blindé...

«La situation s'est nettement améliorée, affirme, optimiste, Wayne Minnaar. Nous travaillons depuis cinq ans en prévision de la Coupe du monde. A Johannesburg, 400 chiens antidrogue, 120 chiens anti-explosifs, une cinquantaine d'officiers de la police montée (nationale et locale) seront postés aux abords des stades et affectés spécifiquement à la sécurité du public.»

Des tribunaux ouverts 24 heures sur 24

Devant les stades (comme à Soccer City, ci-dessus) ou dans les rues des quartiers populaires, les forces de l'ordre et la sécurité ont pour mission de se montrer pour dissuader. (Axelle de Russé)
A Johannesburg, les deux stades d'Ellis Park et de Soccer City sont prêts à accueillir les équipes et les supporters. La pression est énorme, 15 rencontres programmées, dont le match d'ouverture entre l'équipe nationale et le Mexique, et la finale du 11 juillet. Le sourire du communicant est vissé aux lèvres, le discours bien rodé, mais l'homme est sous tension. Les forces de l'ordre sont sur le terrain pour rassurer, et cela doit se savoir. Wayne Minnaar répète ses explications et ses chiffres:«Les 3 200 policiers locaux ont été formés et préparés pour être opérationnels le moment venu. Ils viendront en renfort des officiers de la police nationale déployés sur le terrain et en particulier aux abords des stades. Dans tout le pays, ce sont 41 000 policiers supplémentaires qui ont été recrutés, au total 190.000 hommes au service de la sécurité, et pas question de poser le moindre jour de congé pendant un mois ! Des “super” tribunaux ouverts nuit et jour permettront de juger très vite les affaires liées au Mondial. Dans les rues, nous nous efforçons d'être visibles. Des commissariats mobiles sont installés et nous multiplions les opérations de contrôles de véhicules, les “stop and search” (1). Le but:dissuader et rassurer.»

Autant d'opérations qui, pour Juanita Van Der Merwe, n'ont rien de rassurant. «Quand je les vois avec leurs gilets de la police, je ne m'arrête pas, je fonce ! et je vais au prochain commissariat pour me déclarer ! Je ne leur fais pas confiance. J'appelle cela le “stop and rape” (2) !» La jeune femme qui tient ces propos est pourtant calme et posée. Juanita et son mari, Lucas, un très riche homme d'affaires sud-africain, sont catégoriques:ils n'ont aucune foi en la police. « Ils sont sous-payés, donc corrompus, explique Lucas. Pour 500 rands (50 euros), un malfaiteur peut racheter une déclaration de police. Tout est fait pour que le Mondial se passe bien, mais je crains le pire après... Alors je me prépare.» Chez les Van Der Merwe, se préparer n'est pas un vain mot.

«Home sweet home», barbelés et fils électriques

Les Sud-Africains qui en ont les moyens se barricadent à l'intérieur même de leur maison. Pour Lucas et Juanita, l'insécurité fait partie intégrante du quotidien, mais, selon eux, le pire reste encore à venir. (Axelle de Russé)
Installés depuis près d'un an dans une somptueuse propriété de 2 hectares, ils ont pris soin avant de poser leurs valises d'en faire un véritable bunker inviolable. Trois mois de travaux, 70.000 euros de matériel de sécurité, un garde armé posté à l'entrée, trois chiens de garde, 400 mètres de barrières électriques doublées de barbelés, portes blindées, vitres pare-balles, fenêtres grillagées, détecteurs de mouvement, caméras de surveillance, panic buttons, etc. «Nous sommes heureux ici, se satisfait Lucas, le paysage est superbe, c'est paisible, je dors bien... d'autant que je contrôle toute la sécurité depuis ma chambre. J'ai en ma possession un revolver, des carabines, un pistolet Taser, et des bombes lacrymogènes. La sécurité est, hélas, dans ce pays une préoccupation essentielle, mais elle est surtout devenue une affaire individuelle car la police ne protège pas les citoyens.»

Ce constat, les habitants du bidonville d'Elias Motsoaledi, une des zones les plus pauvres de Soweto, l'ont également fait. Dans sa modeste échoppe où elle vend des légumes, Lindwe, une mère de famille de 34 ans, ne s'étonne même plus des meurtres et agressions quotidiens. «Hier soir, nous avons entendu les cris d'un homme. Au petit matin, il ne restait plus que ses chaussures, il a été tué », raconte la jeune femme. Ici, tout est un combat:la survie, la nourriture, l'éducation des enfants, l'hygiène, les soins, le travail et la dignité... La sécurité s'est ajoutée à la longue liste. Les habitants, excédés, se sont organisés en patrouilles de fortune pour combattre le crime. Faith, 22 ans, et sa jeune soeur Innocencia vivent dans un taudis de tôles ondulées, ne possèdent rien d'autre que quelques bougies et des matelas miteux. Pourtant, elles arpentent les rues de ce quartier plongé dans le noir absolu dès la nuit tombée pour protéger la population. «C'est très dangereux, raconte Faith, il y a des coups de feu, des criminels violents...» Mais il y a aussi le spectre du viol, omniprésent. On en parle peu, mais c'est la première crainte des femmes pauvres des ghettos. Raccompagner les femmes et les enfants jusqu'à la maison, interpeller les ivrognes et confisquer les bouteilles d'alcool, signaler les agressions à la police, telle est la mission de cette petite vingtaine d'habitants courageux. «Nous n'avons ni lampe torche ni arme. Mais nous avons notre courage et nous ne voulons plus ni des crimes ni de la peur», insiste-t-elle.

Les plus pauvres sont les laissés pour-compte de la sécurité

C'est bien loin des bidonvilles et de la pauvreté que l'enjeu sécuritaire de la Coupe du monde se joue. L'événement va drainer beaucoup d'argent et de visiteurs, en particulier les VIP. Chez Dynamic Alternatives, une entreprise spécialisée dans la protection rapprochée, les dirigeants ont anticipé les besoins en matière de sécurité de la clientèle haut de gamme à venir. En quelques mois, ils ont recruté et formé intensivement une centaine de gardes du corps supplémentaires. Leur mission? Accompagner et protéger les invités prestigieux et fortunés. Jonker De Jager, l'un des responsables, se refuse à livrer les noms de ses clients:«Nous avons eu en charge la sécurité d'Al Gore lors du dernier sommet économique mondial, cela vous donne une idée de notre carnet de commandes, souritil. Sur le terrain, on rigole beaucoup moins. Pour l'équipe, c'est quotidiennement un entraînement quasi militaire, tirs, close combat, technique de défense, méthode anti-car-jacking. Cela peut faire peur, commente Jonker De Jager, mais il faut tenir compte de la réalité. Le crime est en hausse, et quand on a de l'argent, on devient une cible. Malheureusement, la situation ne s'améliore pas. L'expansion de nos affaires en est la preuve.»

Close combat, méthode anti-car-jacking, les entreprises spécialisées dans la protection rapprochée forment leurs gardes du corps. Leur mission : assurer la sécurité des VIP attendus pour le Mondial. (Axelle de Russé)
La sécurité est en effet devenue en Afrique du Sud un secteur florissant. Près de 5000 sociétés de sécurité privées se partagent le marché et emploient plus de 400.000 agents de surveillance. A Gallo Manor, un quartier très aisé de Johannesburg, c'est le géant suédois Securitas qui veille à la tranquillité des résidents. Barrières, postes de contrôle, gardes armés, véhicules d'intervention, barbelés et barrières électrifiées, tout est fait pour prévenir la moindre intrusion. Les habitants, lassés par l'insécurité, ont fait le choix radical de se barricader et de fermer l'accès des voies publiques à leur quartier. Personne ne passe sans décliner son identité. «Le crime est un vrai problème, on y pense tout le temps, explique Peter, un des habitants du quartier. Je travaille dans la finance, mes revenus sont confortables. Mais, si j'étais pauvre et affamé, je n'hésiterais pas à agresser pour me nourrir. L'insécurité est liée à la pauvreté, ajoute-t-il, philosophe. Tant que l'on aura dans ce pays 43% de la population vivant avec moins de 2 dollars par jour, rien ne sera réglé.»

Menzi, 31 ans, autrefois gamin de Soweto, aujourd'hui homme d'affaires brillant. Il doit dorénavant se protéger des dangers de l'extérieur dans sa superbe villa. (Axelle de Russé)

La pauvreté et la violence, deux fléaux que Menzi, 31 ans, ne connaît que trop bien. Ce directeur d'une société d'investissement minier revient de loin. Né dans une famille noire et pauvre de Soweto, il a travaillé dur et affiche dorénavant tous les symboles de la réussite:berlines de marques allemandes, villa avec piscine, et un bonheur paisible avec sa femme et son fils. La cible parfaite. Après une tentative d'agression sur sa femme, il s'est résigné à l'option tout-sécuritaire. «C'est fait ! lâche tristement Menzi, ma maison est entièrement sécurisée, nous avons une “panic room” dans laquelle nous pouvons nous mettre à l'abri en cas d'intrusion dans la maison. J'ai acheté un pistolet paralysant. Posséder une arme, c'est malheureusement devenu le South African way of life.»


La police se veut visible. Dans les rues de Johannesburg, descentes, arrestations... Objectif : nettoyer la ville. (Axelle de Russé)

Sur le terrain de la sécurité publique, la police nationale ne lâche rien. Les hommes du colonel Rottenbach s'activent car le compte à rebours est lancé avant le coup d'envoi du Mondial. «Nous avons pour mission de nettoyer la ville de tous ses tripots clandestins qui empoisonnent la vie nocturne de Johannesburg, explique avec fermeté le colonel. Ces bars clandestins posent de graves problèmes. Ils vendent de l'alcool sans la moindre licence et sont souvent les rendez-vous des dealers de drogues, des prostituées et de la violence. » Depuis des semaines, l'équipe ne chôme pas. Les descentes surprises sont quotidiennes, des milliers de bouteilles saisies et détruites, des bars fermés, et les responsables, arrêtés. «Nous devons faire vite et bien, car dès le début des festivités, notre mission se concentrera sur un autre problème:la prostitution. Les réseaux sont prêts et le trafic de jeunes femmes s'organise dans le pays. C'est encore une autre problématique dont nous n'avions pas besoin pendant cette Coupe du monde !»

(1) «Arrêter et fouiller». (2) «Arrêter et violer».

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MessageSujet: Re: Un Mondial sous haute surveillance   Lun 7 Juin 2010 - 13:44

Excellent article qui fait froid dans le dos si l'on transpose à l'Europe de la décennie à venir et de la violence/criminalité qui augmente.
Pas trop envie de vivre au milieu des barbelés moi !

Dommage que je ne passe le CQP qu'en septembre, je serais bien parti sur un contrat en afrique du sud pour la Coupe.
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